Un échec sans fin : la politique syrienne d’Ankara

03.02.2020 medyascope.tv
Traduit par: Nurcan Kılınç /
Orjinal Metin (tr-04/02/2020)

À Idleb, la mort de cinq militaires et une personne suite à l’offensive de l’armée syrienne, démontre encore une fois l’échec de la politique syrienne d’Ankara. De fait, l’incertitude face à ce qui peut advenir continue en s’amplifiant. 

Une situation qui s’enlise et qui parfois dégénère
Bonjour, bonne semaine. La semaine commence mal malheureusement. Nous commençons la journée avec des informations faisant état de « martyrs » en provenance d’Idleb. Quatre soldats ont perdu la vie, et il y a également des blessés. Selon les déclarations, l’armée syrienne a mené une offensive à laquelle des forces militaires turques ont riposté. Le Président Erdogan a déclaré que la riposte avait été menée « comme il se devait d’être ». Cependant,  la situation ne s’est pas arrangée pour la Syrie. En réalité, depuis le déclenchement du conflit syrien, la politique de la Turquie a fait fausse route. Depuis le début, elle a subi d’importants changements – parfois assez dramatiques et brutale ; et parfois des changements plus progressifs – or depuis un certain temps, la Turquie est perçue comme un pays qui menant sa politique syrienne en contact avec la Russie, l’Iran et indirectement par ce biais avec Damas. Mais à ce jour, nous avons pu voir que cette politique n’est pas durable. Il existe un fait dit « Idleb », et à Idleb il y a des groupes et des populations civiles soutenues par la Turquie.. Et la Turquie paraît s’être mise d’accord avec la Syrie et l’Iran afin de protéger ces forces et ces populations. Et on pensait que cette présence était due à suite à une entente, que Damas avait autorisé la présence militaire turque afin de protéger cette population. Or la réalité fut tout autre, car le contrôle d’Idleb par les forces extérieures – principalement l’armée turque, mais aussi les autres groupes – est peu plausible de la part de Damas. Le statu quo qu’on pensait être établi est aujourd’hui détruit et ce qui va advenir n’est pas très clair, un flou persiste. La Turquie s’intéresse à la réaction de Moscou, plutôt que celle de la Syrie, et réfléchit aux réponses appropriées selon les réactions russes.
À l’heure actuelle, la Russie ne s’est pas réellement prononcée en faveur de quiconque, l’incertitude continue de régner.
Pourtant, il y a peu, lors de la rencontre de Poutine et Erdogan à Moscou, une information relatant une réunion incluant le chef des services de renseignement turc Hakan Fidan avec ses homologues syriens s’était répandue. Ce n’est pas une première, de telles rencontres avaient déjà eu lieu, mais c’est la première fois que cela apparaissait dans la presse russe et syrienne. Dès lors à Ankara, on s’attendait à ce que des relations avec Damas s’établissent et que des changements majeurs interviennent. 
Mais finalement, cette dernière attaque (ou affrontement) a balayé ces attentes. La guerre par procuration que se menaient la Turquie et la Syrie a débouché pour la première fois à des affrontements dirtects entre les deux armées. 

Un échec sur tous les plans
Il y a une faillite qui existe depuis le début de la guerre. Avec le Printemps Arabe et les changements de régime qu’il a provoqué, Ankara avait pensé que la Syrie aurait le même destin, et a brouillé ses relations qui étaient jusque là assez bonnes avec Damas. La Turquie a ainsi soutenu les forces de l’opposition, notamment les Frères musulmans, assez puissants au sein de la population sunnite de Syrie et s’attendait à ce que le régime syrien chute. Or, les choses ne se sont pas passées comme prévu et Assad a résisté. Avec le soutien apparent de l’Iran et la Russie, Assad s’est renforcé, et a commencé à reconquérir petit à petit les territoires sous contrôle de l’opposition. En ce sens, Alep est l’une des zones les plus stratégiques. Rappelons-nous, c’est ici que la Turquie a donné son aval pour que les forces d’oppositions se retirent. Les tensions au sein de l’opposition syrienne, ont mené à un changement d’orientation de la Turquie qui a accepté que des groupuscules étrangers intègrent les forces de l’opposition. Les choses ont cependant mal tourné en Syrie, les groupes djihadistes se sont renforcés, et plus précisément l’Organisation Etat Islamique, qui a proclamé à Raqqa la capitale de son califat. 
L’autre raison de l’échec de la politique turque en Syrie, ou plus précisément de toutes ses orientations, a été le renforcement des forces kurdes du YPG-PYD présentes dans le nord de la Syrie. La priorité pour la Turquie a alors été de contrer ces groupes plutôt que d’accélerer la chute d’Al Assad. Pour réussir à contrer le renforcement de ces groupes (YPG-PYD) l’armée turque a dû intervenir à plusieurs reprises. Ces interventions se sont bien sûr faites avec l’aval de Moscou et de l’Iran, mais aussi d’une manière implicite de Damas. Actuellement, le consentement de la Russie est décisif pour la présence turque en Syrie, et une incertitude persiste quant aux conséquences d’un refus de soutien du Kremlin vis-à-vis d’Ankara. 

Des conséquences lourdes pour la Turquie
Dans tous ces événements, le fiasco de la Turquie en Syrie a plusieurs responsables, l’un d’eux est bien évidemment Ahmet Davutoglu, qui gérait les négociations avec Assad. L’échec de ces pourparlers a donné lieu à des prises de positions plus radicales dans la politique syrienne. Aujourd’hui, Ahmet Davutoglu, Président du parti de l’avenir, a déclaré suite à la nouvelle des martyrs « le régime syrien et ses partisans devraient être punis lourdement  pour cette attaque perfide ». Est-ce que la Turquie est en mesure de faire cela ? Le President Erdogan a déclaré que la réponse la plus lourde avait été donnée ; mais c’est un événement momentané, et il est difficile de prévoir la durabilité de celui-ci, mais également quel chemin va emprunter la Turquie. Une atmosphère optimiste s’était formée avec l’espoir que les relations avec la Syrie et l’administration de Damas s’améliorent, or à l’heure actuelle, ce n’est plus le cas. Quelles sont les options que nous avons à disposition ? Le pire est, bien évidemment, l’escale de la guerre, l’accroissement des conflits, et l’inclusion des facteurs extérieurs à ces affrontements entre Ankara et Damas, mais je pense que c’est peu bprobable car la Russie ne sera pas en faveur de cela – mais au lieu de cela, Ankara doit satisfaire Damas afin qu’il y ait une réduction des violences et des tensions. Ceci ne se fera que si la Syrie parvient à contrôler l’intégrité de ses territoires – dont la Turquie souligne constamment l’intégrité territoriale. Surgit alors la question « que vont devenir les forces combattantes à Idleb ? ». Il y a évidemment la question « comment la Turquie gérera les nouvelles vagues migratoires qui découleront d’une intervention militaire à Idleb ? ». Un tas de questions existent dont une forte majorité n’ont de réponses claires, nettes, et satisfaisantes. La Turquie continue de payer depuis neuf ans les conséquences de ses choix politiques – tant ambitieux, qu’érronés – et paraît devoir le payer encore assez longtemps. Une de ses conséquences principale  est l’afflux de réfugiés en Turquie et les ressources financières que cela a nécessité. La Turquie a mené à maintes reprises des opérations militaires, qui lui ont couté de violents actes de terrorisme sur son territoire. Et maintenant – comme ce qui a été vu lors des derniers événements – la nouvelle conséquence est la perte de soldat. Il y a également des décès de soldats dans les autres parties de la Syrie, il est question de plusieures attaques – il y a de l’autre coté l’Irak, mais laissons le en-dehors de cela. Murat Yetkin, dans son papier d’aujourd’hui sur le sujet, déclare qu’ « il est temps de dire « mieux vaut tard que jamais » ».  Oui, il est temps depuis bien longtemps, mais Ankara persiste dans sa volonté de maintenir sa présence en Syrie et financer certains groupes armées, les protéger. Ces groupes sont considérés par Moscou, Téhéran et Damas comme des ennemis. En conséquence, Ankara se trouve dans une impasse, et nous savons également qu’Erdogan dépend énormément de la Russie, cependant nous ignorons jusqu’à quand cette dépendance peut durer. 

Des alliances ponctuelles intenables à long terme
Nous pouvons voir que cet événement est arrivé la veille de la visite officielle d’Erdogan en Ukraine – Murat Yetkin l’a souligné également dans son papier, mais qui n’est pas si flagrant au premier abord. L’Ukraine est un ennemie de la Russie, et est connu comme un allié stratégique de la Turquie. Est-ce possible d’être alliés stratégiques à la fois avec la Russie, l’Ukraine et les Etats-Unis ? Or, la politique syrienne de la Turquie n’est plus en état d’être mené d’une façon équilibrée en prenant en compte tous ces intérêts et aspects. Les Etats-Unis déclarent leur retrait de la Syrie – même si cela n’est que partiel, Trump s’intéresse peu à la Syrie -, les intérêts turco-russes en Syrie sont divergents, et dans le cas d’une polarisation, vers qui la Turquie se tournera afin de demander un soutien ? Serait-ce l’ONU ? J’en doute à vrai dire, car la Turquie, en raison de ses politiques régionales – y compris la question de la Méditerranée orientale – est fortement critiquée par les puissances de l’ONU, excepté Trump. La politique syrienne de la Turquie est un échec, sans fin. Erdogan insiste afin de ne pas accepter l’attitude « Mieux vaut tard que jamais » de Murat Yetkin, et essaye de préserver autant que possible ses positions, mais cela ne parait plus possible pour longtemps. Cela aura bel et bien des conséquences au niveau de la politique intérieur turque, et il ne faut pas oublier que la Turquie traverse une situation économique assez compliquée ces temps-ci. 
Les nouvelles en provenance d’Idleb, aujourd’hui, ne sont pas très rassurantes, et lorsque nous analysons les réactions, aucun signal une réduction des tensions. Mais il ne faut pas oublier que parfois les paix les plus durables ont lieu lorsque les combats sont au summum. Je ne parle pas en connaissance de cause, il faut accepter cela comme un souhait ; mais à vrai dire, il se peut que nous ne soyons même pas au point où nous pouvons l’espérer.
C’est tout ce que j’ai à dire, bonne journée.




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