Le bilan d’Ankara au Moyen-Orient

15.07.2014 Vatan
Traduit par: Haldun BAYRI /
Orjinal Metin (tr-12/07/2014)

Le premier ministre Tayyip Erdoğan a dit que s’il était élu Président de la République, les portes s’ouvriraient en grand sur la « nouvelle Turquie ». Il est clair qu’une des priorités de cette « nouvelle Turquie » sera d’augmenter la respectabilité du pays au plan international. Et il est certain que pour cela, il faut devenir une puissance influente, voire déterminante dans la région. Mais où en est la Turquie dans son ambition de devenir une puissance régionale au Moyen-Orient ?
Considérons d’abord rapidement certains problèmes régionaux essentiels et les positions prises par Ankara à leur sujet :

La Palestine: L’État d’Israël perpétue de nouveaux massacres en Palestine depuis plusieurs jours et la communauté internationale ne hausse en rien le ton. Quant à la Turquie, elle s’est contentée hier, par la voix du Président Abdullah Gül, d’appeler Israël à arrêter ses attaques contre la Palestine et Gaza, et d’appeler l’ONU et la communauté internationale à intervenir pour arrêter Israël. Gül a aussi exhorté Israël à ne pas réaliser une probable opération terrestre. Quant au Premier Ministre Erdoğan, il a pris nettement position du côté de la Palestine en accusant les dirigeants d’Israël de fonder leur vie sur des mensonges. Il est certain que Ankara et l’opinion publique turque en général sont solidaires avec le peuple palestinien, mais on ne peut pas dire que leur réaction ait un quelconque effet sur l’État d’Israël. La Turquie a d’ailleurs renoncé à son influence sur l’État d’Israël en baissant au plus bas niveau les relations diplomatiques entre les deux pays à la suite de la crise du bateau Mavi Marmara. C’est ainsi par exemple que, hier, Erdoğan n’a pu mettre en garde Israël qu’en menaçant de porter plainte auprès de la communauté internationale, et d’arrêter le processus de normalisation entre les deux pays. 

L’Irak: Dans son discours d’hier, en demandant à l’ÉIIL de libérer les otages turcs qu’ils détiennent, Erdoğan a fondé son argumentaire sur des références islamiques. Il y a pourtant de grandes différences de vue sur l’Islam entre la Turquie et l’ÉIIL, l’État Islamique (ÉI) de son nouveau nom. Mais l’ÉI ne peut pas être débattu et critiqué dans notre pays pour différentes raisons, à commencer par la sécurité des otages. Ce qui revient à dire que, à cause des otages, la politique d’Ankara sur l’Irak est elle-même devenue otage.
Par ailleurs, on ne peut affirmer qu’Ankara ait une politique nette sur l’Irak. On n’insiste plus guère sur le maintien de l’intégrité territoriale de l’Irak, et dans ce contexte, même si ce n’est pas un feu vert, du moins allume-t-on un feu orange vers la fondation d’un État kurde indépendant. Quant à l’instauration d’un État par les Arabes Sunnites, elle reste dans le brouillard. Mais le plus important est que la résistance des Arabes Chiites contre la probable division de l’Irak pourrait avoir des conséquences effrayantes.

La Syrie: Aucun des rêves d’Ankara sur la Syrie (un effondrement rapide du régime baassiste, la composition d’une coalition dominée par les Frères Musulmans à la place de celui-ci, et l’intégration de Damas dans le système international par l’intermédiaire d’Ankara) n’a été réalisé, et aucun ne semble plus réalisable. En revanche, la facture payée par la Turquie jusqu’à aujourd’hui est lourde (la terreur transférée sur son territoire, des réfugiés devenant de plus en plus nombreux…) et cette facture pourrait devenir encore plus lourde.
Ankara n’a pas pu encore se remettre du choc causé par le fait que c’est le PYD (Partiya Yekîtiya Demokrat, Parti de l’union démocratique), aligné sur Abdullah Öcalan/PKK, qui a pris une grande partie des initiatives dans la région nommée Rojava, en profitant du chaos ambiant en Syrie. En lien avec cette situation, il se dit à haute voix depuis quelque temps dans les capitales occidentales que différents groupes islamistes radicaux qui combattent contre le PYD sont soutenus d’une certaine manière par la Turquie.

L’Égypte: Ankara s’est retrouvé tout seul dans le monde, en protestant contre le putsch militaire en Égypte et en prenant parti pour le Président Mohammed Moursi et les Frères Musulmans. Ce sont surtout les pays du Golfe, à commencer par l’Arabie Saoudite, avec lesquels la Turquie avait pourtant agi de concert en Syrie, qui sont devenus les champions du soutien apporté au Général Sissi. Cela montre encore une fois qu’aucune coalition stratégique globale n’est possible au Moyen-Orient. Quoique le Président Gül ait félicité Sissi pour son élection comme Président, il semble très difficile que la Turquie puisse rétablir à court terme ses relations avec ce pays-clé du Moyen-Orient et du monde arabe.

L’Iran: On observe donc que, dans l’ensemble, Ankara n’a plus la main dans aucun des dossiers concernant les crises en Palestine, en Irak et en Syrie ; et elle n’a presque plus de relations avec l’Israël et l’Égypte, acteurs prépondérants de la région. Il ne reste que l’Iran, mais il semble très difficile que Ankara et Téhéran puissent remettre en route leurs relations, si sérieusement endommagées par la crise en Syrie, et développer des politiques concordantes en Irak et en Syrie.




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