Est-ce que des attaques similaires à celles vécues en France et en Autriche pourraient se reproduire en Turquie ?

03.11.2020 medyascope.tv
Traduit par: Cem Taylan /
Orjinal Metin (tr-03/11/2020)

Les attaques successives en France et en Autriche s'annoncent comme les messagers d’une nouvelle vague de terrorisme. Est-ce que cette nouvelle vague frappera seulement l’Europe ? La Turquie, qui a été victime de nombreux attentats terroristes, pourra-t-elle se tenir à l’écart ? 

Alors que la menace terroriste s’était relativement apaisée depuis quelques temps en Europe, une nouvelle vague de terrorisme voit le jour. 
Les attentats terroristes en Europe ne datent pas d’hier: des groupes islamistes comme l’Al-Qaïda ou Daesh commettaient des attentats, notamment dans les capitales européennes. Néanmoins, aujourd’hui on assiste à une différente forme d’attaque; ce sont plutôt des agressions individuelles. 
La France a connu deux attentats récemment, tous les deux réalisés à l’arme blanche. 
La première fut le meurtre de Samuel Patty, il a été décapité. Son agresseur, un jeune homme d’origine tchétchène qui résidait en France, a été tué à balle par les policiers. 
Le deuxième fut l’attentat de Nice, dont l’auteur est un jeune tunisien qui est passé par l’Italie pour arriver à Nice. Enfin, l’attentat de la synagogue de Vienne, cette fois-ci commis avec des armes lourdes, a fait quatre morts et quatorze blessés. Selon les autorités autrichiennes, l’agresseur, un jeune homme d’origine balkanne, avait des affiliations avec l’État Islamique. 
J’ai souligné que cette nouvelle vague était différente des précédentes car elle a une apparence plus individuelle. Il faut tout de même considérer la possibilité que des réseaux islamistes se trouvent à l’origine de ces attaques - si on prend en considération le fait que l’auteur de l’attentat de Nice est d’abord passé par la Tunisie puis par l’Italie avant d’arriver en France, ou bien que l’assassin de l’attentat de Vienne était lourdement armé. 
Ces attentats ont une apparence plus petits et moins organisés que ceux organisés en France, en Angleterre ou en Belgique précédemment. 
Cependant, ces nouveaux attentats inquiètent davantage les autorités et l’opinion publique puisqu’on voit que n’importe qui peut commettre un attentat sanglant à tout moment sans forcément un réseau derrière. 
A une période, des attaques en véhicule étaient organisaient, notamment en France et en Angleterre. Cette période semble céder sa place à cette nouvelle forme d’attentat plus individuelle et moins organisée, mais qui frappe des endroits ou des personnes emblématiques. 
Quelle sera la suite ? Il n’y a pas vraiment de réponse puisqu’il n’existe pas une logique rationnelle à ces attentats. Ils peuvent parvenir à tout moment, à n’importe quel endroit.
Comme nous l’avons vécu en Turquie, ces attentats peuvent avoir lieu dans des lieux complètement différents comme un aéroport, une boîte de nuit, un meeting politique ou une gare de train. 
La logique derrière est certes incertaine et irrationnelle, or on peut tout de même en tirer plusieurs leçons. La première c’est que malgré les grands dégâts qu’il a reçu en Syrie, en Iraq et dans d’autres pays, l’État Islamique continue d’exister. La lutte anti-terroriste menée par le bloc occidental a bien évidemment affaiblit sa puissance, néanmoins l’organisation perpétue son existence grâce à sa sphère d’influence sur les individus. 
Deuxièmement, on voit que des individus n’appartenant pas à un réseau islamiste peuvent très bien commettre des attentats sous l’influence de ces groupes. Il est beaucoup plus difficile pour les autorités de surveiller ces individus. Les services secrets ou la police peuvent infiltrer les grands réseaux et trouver des suspects ou bien obtenir des informations pour anticiper des attentats. Or la tâche devient plus compliquée lorsque ces individus agissent individuellement.
Les pays occidentaux constituent toujours la cible première de ces groupes pour de nombreuses raisons. En addition à l’hostilité aux valeurs promues par l’Occident, il y a également une envie de se venger, notamment pour des groupes islamistes comme l’Al-Qaïda ou l’État Islamique qui ont subi de grandes défaites contre des coalitions occidentales. L’occident est donc d’abord une cible politique, mais cette dimension de vengeance est incontestable. 
Est-ce que la Turquie pourra se tenir à l’écart de ces nouveaux attentats qui ont frappé l’Europe ? C’est une question difficile que nous avions déjà fait face en 2003. 
L’Al-Qaïda préparait des attentats en Europe, mais aussi en Arabie Saoudite, au Maroc et en Indonésie. Beaucoup pensaient à cette époque que de tels attentats n’allaient pas frapper la Turquie. La raison principale était le rejet par le Parlement turc de s’engager dans la guerre en Iraq. Ceci avait assuré un grand nombre de personnes concernant les attaques terroristes. 
Ainsi la Turquie n’était pas directement impliqué dans la guerre en Irak en 2003. Néanmoins le pays a tout de même connu 4 attentats consécutifs entre le 15 et le 20 novembre 2003. 
D’abord des synagogues, ensuite le consulat britannique et enfin le siège social turc de la banque anglaise HSBC ont été sévèrement frappés par des attaques terroristes. Ces attentats, qui ont fait au total 59 blessés et plus de 750 morts, nous ont montré que la Turquie est malgré tout considérée comme un membre du bloc occidental aux yeux de ces groupes terroristes. 
La Turquie peut donc très bien être la cible d’attentats tout comme la France, l’Espagne ou l’Angleterre. L’État Islamique à d’ailleurs commis de nombreux attentats en Turquie dans ces dernières années (l’attentat à l’aéroport d’Atatürk, l’attentat de la boîte de nuit Reina au nouvel an, l’attentat de la gare d’Ankara, l’attentat de Diyarbakir lors d’un meeting du HDP). 
Ces attentats, certains suicidaires d’autres non, montrent que l’État Islamique voit la Turquie et certains lieux dans le pays (meeting à forte participation kurde, boîte de nuit) comme des cibles.
Il est connu que l’État Islamique accorde une importance majeure aux différences confessionnelles de l’Islam, surtout par ses attaques dirigées aux communautés chiites. 
En Turquie ces communautés n’ont pas été les cibles de ces attentats pour le moment, mais cela pourrait être possible. Mise à part les communautés chiites, la Turquie reste un pays où se trouvent de nombreux lieux de culte non-musulmans et cibles occidentales. 
De ce fait, je pense que cette nouvelle menace pèse lourdement sur la Turquie. En plus de cela, des groupes radicaux ont des réseaux très puissants, nombreux et ancrés en Turquie. Les possibilités de logistique sont très grandes; la Turquie a longtemps été le centre de logistique et de transit des groupes djihadistes en Syrie pendant la guerre civile. Des milliers de personnes sont passées par la Turquie, certains d’entre eux y sont restés. Lors des opérations policières faites contre ces réseaux, on voit que certaines personnes arrêtées sont d’origine étrangère. Ainsi ces groupes radicaux en Turquie comptent non seulement des citoyens turcs, mais aussi des étrangers (souvent en provenance de la Syrie ou de l’Iraq) qui vivent en Turquie. 
Je pense que l’État turc, tout comme certaines fractions de la société et des cibles occidentales, aiguise l’appétit de ces groupes radicaux. Qu’ils préparent des attentats ou pas, c’est une autre question. Or il serait illusoire de voir les attentats en France et à Vienne comme étant un clash des civilisations externe à la Turquie.
Certains essayent de raisonner rationnellement pourquoi Daesh en voudrait à la Turquie en cherchant les raisons derrières tel ou tel attentat. Ayant observé et étudié de près la radicalisation islamiste et ces réseaux pendant assez longtemps, je suis arrivé à une conclusion: nous ne raisonnons pas de la même façon que ces groupes. 
Il faut donc être prêt à toutes surprises et inattendus. Il est plus logique de penser que cette nouvelle vague d’attentat qui a débuté en France et en Autriche - il ne faut pas oublier que parmi ses voisins européens, l’Autriche était le seul pays à ne pas avoir connu un attentat terroriste jusqu’à récemment - se poursuivra dans d’autres pays européens. Or je pense que voir cette vague se limiter à l’Europe serait une erreur qui sera très regrettée. 
Comment prévoir les prochaines attaques ? Je n’ai pas de réponse claire. Parce que ces terroristes qui ont échappé à la surveillance des services secrets français et autrichiens peuvent très bien y parvenir en Turquie. Comme je l’ai précisé, il s’agit de personnes qui ont des liens peu étroits avec des réseaux radicaux, ce qui leur permet d’agir discrètement. 
Si ces terroristes peuvent se procurer des armes en Europe, ils peuvent très facilement y parvenir en Turquie. Il serait très probable de trouver en Turquie des cibles similaires à celles dans les pays européens. Alors que le monde entier est préoccupé par la pandémie du Coronavirus et se trouve dans un état chaotique, ces attaques - qui semblaient s’être calmées depuis quelques temps - s’enchaîne l’une après l’autre. Cela nous montre à quel point ces groupes veulent profiter de cette période d’instabilité mondiale. 
Malgré le fait que la pandémie est vécue de façon moins éprouvante en Turquie qu’en Europe - je ne sous-entend pas que la Turquie compte moins de cas ou de décès, il y a au contraire un réel souci de décompte selon plusieurs sources - notre quotidien est fortement affecté. En addition à cela, le tremblement de terre d’Izmir n’a fait qu’empirer la situation chaotique dans le pays. Tout ce qui manque est un attentat terroriste - j’espère que cela ne se produira pas. 
Or ces groupes terroristes - en l’occurence Daesh et ses semblables -, quelques soient leur lignée de pensée, profitent de ces moments d’instabilités pour passer à l’action. 
De nombreuses théories complotistes ont été élaborées, je ne pense pas qu’elles sont cohérentes. Il est possible que telles ou telles personnes ont prit part dans tel attentat en Turquie. Or en somme, ce sont les attentats préparés par des organisations comme l’Al-Qaïda ou Daesh qui restent dans nos mémoires. C’est pour cela qu’il faut se tenir prêt. Il est extrêmement difficile de prévoir ces attaques pour les raisons que je viens de citer, mais il faut préparer en avance l’attitude à adopter contre ces attaques. 
Un autre problème se pose à ce stade: dans ce pays extrêmement polarisé, une attitude commune est difficilement adoptable. Mise à part les attaques qui ont frappé le pays, on s’en souvient que certaines personnes en Turquie avaient refusé de participer à la minute de silence en hommage à Samuel Patty. Après de tels comportements, il serait illusoire de penser que les pays européens accorderont leur soutien à la Turquie suite à des événements semblables. 
En fin de compte, les attentats successifs en France et à Vienne nous annoncent l’arrivée d’une nouvelle vague de terrorisme. J’espère qu’elle n’aura pas lieu, mais si jamais elle aura lieu, la possibilité que la Turquie ne soit pas frappée par celle-ci est très petite. Les attentats antérieurs nous ont montré que la Turquie est un pays attractif pour des groupes terroristes et beaucoup de personnes - turques et étrangères - se radicalisent. J’espère que nous ne subirons pas de nouveaux attentats dans cette période troublée.



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